Camelote

Camelote
Elle vendait dans ma rue des trucs qui n'servent à rien
Des sphères en plastique qu'on retourne sans fin
Pour voir une Tour Eiffel sous une neige imbécile
Elle alliait le pas beau au franchement inutile

Mais elle était fière de ces trucs qui n'servent à rien
Elle aimait les sourires devant son magasin
Qu'une enseigne au néon appelait "Chez Charlotte"
C'était son prénom mais je l'appelais Camelote

Quand j'n'avais rien à faire, j'lui donnais un coup d'main
Je lui tenais l'échelle pour prendre un nain d'jardin
A force de pouponner ses statues en terre cuite
On a voulu s'marier ici et tout de suite

Une pancarte sur la porte "Fermé pour cause mariage"
On a choisi le nain qui semblait le plus sage
Pour jouer le rôle du maire et en guise de témoins
Deux fleurs qui dansent le jerk quand on tape des mains

Un diplôme certifié de la meilleure maman
Servira de registre quand viendra le moment
Nous seront signataires avec un stylo plume
Qui fait de la lumière sur "Au clair de la lune"

J'lui ai dit "Mad'moiselle, veux-tu prendre ma main ?"
Elle m'a dit "Pour quoi faire ?" j'ai répondu "Pour rien !"
En tournant la molette d'une boîte à cadeaux
On a eu deux squelettes sertis à un anneau

Puis nous avons compté les enfants qu'nous aurons
Elle en voulait sept, vous savez les prénoms
Puis nous ferons construire sept lits superposés
Moi je tiendrai l'échelle quand faudra les coucher

Le voyage de noce a eu lieu en décembre
On a pris le métro station Quatre-Septembre
Pour voir la Tour Eiffel sous la neige matinale
Et Paris qui s'éveille dans sa boule de cristal
# Posté le dimanche 06 janvier 2008 13:03
Modifié le dimanche 09 mars 2008 09:46

Mes Racines

Mes Racines
Mes racines sont profondes
Ele
s ont traversé l'onde
Et perforé la pierre
D
'une fin de terre
E
lles ont tissé leur toile
Sous
un ciel sans étoiles
Et
nettoyé par le vent
Att
irée par devant
Ô ma
presqu'île accrochée
Pa
r quelques vieux rochers
Je garde une boussole
Po
ur rev'nir sur mes pas
S
ouv'nir du ras du sol
Qua
nd je ne marchais pas

M
es racines sont vivantes
Comme dans ces terres arides
Elles cherchent la suivante
Q
uand une nappe est vide
E
lles forcent mon voyage
Qu'importe où et quand
M
on existence péage
"
Carte moins de vingt cinq ans"
Les
sandwichs sur le pouce
L
es amphis à l'index
Tous
ces mots dans la bouche
Le corps comme un silex
Pour peu que l'on te touche
L'étincelle qui reste

Et mes racines grandissent
U
ne rencontre et puis dix
Un regard et puis cent
Je regarde impuissant
L
e chemin que dessinent
Pour demain mes racines

M
es racines sont sonores
Et leurs échos opposent
Une vague - falaise nord -
Un Airbus - ville rose -
M
es racines sont tactiles
Reconnaissent à tâtons
L
a douceur du pistil
L
e rugueux du béton
La peau fine des filles
Les griffes d'un chaton
Mes racines olfactives
Gardent pcieusement
L
'odeur de la lessive
Dans les jupes de Maman

Mes racines sont "famille"
P
't'être pas assez souvent
Pourta
nt mon coeur fourmille
To
ujours pareillement
De
"Toc toc" à mon mur
"
Viens dormir avec moi"
D
e cueillettes de res
De
cabanes dans les bois
De vacances tous les cinq
"Crème solaire, pelle et seau"
C'est à vous que je trinque
A
vec le verre bien haut
A la prochaine étreinte
Je vous attends bientôt

Et mes racines grandissent
Une rencontre et puis dix
Un
regard et puis cent
J
e regarde impuissant
L
e chemin que dessinent
Pour demain
Mes racines grandissent
U
ne rencontre et puis dix
Un regard et puis cent
Je regarde impuissant
Le chemin que dessinent
P
our demain mes racines
Mes racines
Mes racines
Mes racines
# Posté le dimanche 06 janvier 2008 13:12
Modifié le dimanche 09 mars 2008 09:48

I was here

 I was here
Je connais des lieux qui respirent
L'air du temps, les souv'nirs
Le vécu
On y vient parce que l'on y boit
On laisse pour ce que l'on voit
Un écu

Ceux qui entrent sans savoir apportent
Et laissent à l'heure où ils sortent
Leurs pensées
Qui adhèrent aux murs et aux meubles
Semblent partir et puis veulent
Y rester

Dans ces endroits, moi j'aime l'envers
Du décor une fois vos verres
Desservis
Je joue au petit criminel
Qui promène son opinel
Dans vos vies


Ouvrez les yeux car où que j'aille
Je laisse derrière moi des entailles
Des rayures
Et les gravats qu'il me reste
Servent à combler ma tristesse
Mes fêlures

Qui était à ma place ?
Laisserai-je des traces ?
Moi aussi ! Moi aussi !
C'est pourquoi j'occupe mes loisirs
A graver partout "I was here"

Des traces de premiers rendez-vous
Ceux qui donnent le rose aux joues
Et des paupières
Battant l'air comme des papillons
Soul'vant dans un tourbillon
La poussière

Tout cela se propage et donne
Peut-être pas un cyclone
Jusqu'en Chine
Mais laisse dans l'air alentour
Un frisson qui parcourt
Notre échine

Et lorsque nous étions à l'école
Nous collions déjà nos chewing-gums
Sous les chaises
Plus tard les premières galoches
Et l'addition sur l'écorce
D'un vieux chêne

Ces gentilles délinquances
N'évit'ront pas les vacances
Eternelles
Mais ces coeurs et rectangles
Sont un peu notre langue
Maternelle
Pour dire...

Qui était à ma place ?
Laisserai-je des traces ?
Moi aussi ! Moi aussi !
C'est pourquoi j'occupe mes loisirs
A graver partout "I was here"

Qui était à ma place ?
Laisserai-je des traces ?
Moi aussi ! Moi aussi !
C'est pourquoi j'occupe mes loisirs
A graver partout "I was here"
"I was here"
# Posté le dimanche 06 janvier 2008 13:14
Modifié le dimanche 09 mars 2008 14:28

Nuit Blanche

Nuit Blanche
Je passe encore une nuit blanche
Une traversée de la Manche
Je compte les moutons qui s'y baignent
Me cogne au ding dong de Big Ben

Je passe encore une nuit blanche
Une heure sur le dos deux sur la tranche
J'essaie un rêve puis le rature
Passe par toutes les températures

Mes yeux ouverts cartographient
Grâce au diodes de la chaîne hi-fi
La moindre trace sur le mur
Que laissent les défauts de peinture

Et j'ai déjà pu répertorier
Une libellule deux fox-terriers
Un truc qui ressemble à la France
Il manque juste un bout de Provence

Et toi tu dors, conquistador
Dans ton Amérique, on s'endort si vite
J'aim'rais t'greffer les bras d'Morphée
Pour m'y blottir et enfin dormir

Je passe encore une nuit blanche
Et toi dans ta bulle tu scies des branches
C'n'est plus une bande dessinée
Mais c'est une forêt qu't'as décimée

J'ai tout fait pour percer ta bulle
Une quinte de toux que je simule
Mais pour t'empêcher de me fausser
Compagnie je peux me brosser

Et demain tu me feras l'affront
La marque d'oreiller sur le front
Tu diras, culot inouï
"J'n'ai pas fermé l'oeil de la nuit !"

A l'heure de mettre pied à terre
J'aurai sous les yeux deux cratères
Il faut croire que mon sommeil
Est en ch'ville avec le soleil

Et toi tu dors, conquistador
Dans ton Amérique, on s'endort si vite
J'aim'rais t'greffer les bras d'Morphée
Pour m'y blottir et enfin dormir

Mais toi tu dors, conquistador
Dans ton Amérique, on s'endort si vite
J'aim'rais t'greffer les bras d'Morphée
Pour m'y blottir et enfin dormir

Mais toi tu dors, conquistador
Dans ton Amérique, on s'endort si vite
J'aim'rais t'greffer les bras d'Morphée
Pour m'y blottir et enfin dormir


# Posté le dimanche 06 janvier 2008 13:17
Modifié le dimanche 09 mars 2008 14:01

L'Iris et la Rose

 L'Iris et la Rose
Une guêpe s'envole, se pose, butine
Et l'image cogne à ma rétine
Mais déjà mon regard est loin
Je n'sais plus voir le quotidien

J'aim'rais m'réveiller sans mémoire
Redécouvrir c'que j'peux plus voir
J'ai écrit une petite annonce
Un mois déjà : pas de réponse

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Je veux revoir ma première fleur
L'accompagner jusqu'à c'qu'elle meure
Et découvrir une flaque d'eau
Comme une porte pour descendre en haut

J'irai dimanche à Orly-Sud
Voir le métal s'prendre pour une plume
Ouvrant les doigts, joignant mes pouces
J'verrai mon ombre lui faire la course

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Sentant les sons comme pris au piège
Je devin'rai mes premières neiges
Battant des mains comme un enfant
J'm'entendrai rire "Eh ! C'est tout blanc !"

Je veux poursuivre des nuages noirs
Au grand galop sur les trottoirs
Sous la tourmente, au mur du vent
Les parapluies deviennent vivants

Cherche regard neuf sur les choses
Cherche iris qui n'a pas vu la rose
Je veux brûler encore une fois
Au brasier des premières fois

Mais j'ai croisé sur mon chemin
Deux grands yeux bleus, deux blanches mains
Ses menottes ont pris mes poignets
Et ce sont ses yeux qui m'ont soigné

Des parapluies se sont ouverts
Un grand avion a fendu l'air
A deversé ses doux flocons
Tout était blanc... tout... non

A nos pieds brillait quelque chose
Et mes yeux ont reconnu la rose
Et j'ai brûlé tout contre toi
Au brasier d'une première fois
# Posté le vendredi 18 janvier 2008 13:16
Modifié le lundi 21 janvier 2008 12:15